Le choc en retour

De nos jours, une part probablement majoritaire des praticiens en magie considère la loi du choc en retour comme une réalité et un des principes fondamentaux de cet art.

L’acte magique est en effet généralement considéré comme l’envoi d’une énergie en direction d’une cible. Cette énergie pouvant être renvoyée, en tout ou en partie, vers son expéditeur si la-dite cible est manquée ou trop résistante.

Une variante plus récente, attribuée à la wicca, avance qu’il y aurait un triple retour. Affirmation souvent considérée à tort comme un retour triplé en puissance alors que l’idée en serait que ce retour se manifesterait sur trois plans différents.

Quoi qu’il en soit, de telles conceptions ne peuvent s’élaborer qu’à partir du moment où la magie est considérée comme une énergie. Elle est souvent imaginée comme une sorte de magnétisme ou d’onde qui se déplacerait et pourrait ricocher si elle n’est pas absorbée.

Cette vision mécaniste ne peut cependant s’appliquer à toutes les situations. L’exemple universellement repris pour illustrer cette loi est celui d’une personne que l’on cible. Mais imaginons que je veuille provoquer la pluie ou développer mon intelligence par le moyen d’un rituel. Sur quoi cette « onde magique » pourrait-elle se réfléchir ? Sur les nuages ? Sur moi-même ? Admettons que tout cela n’est pas trop cohérent. Or pour qu’une loi soit valide, il faut qu’elle puisse s’appliquer à toutes les situations.

Ensuite comment démontrer l’existence de celle-ci ? Si j’effectue une action magique en vue de provoquer un événement ou obtenir quelque chose, la réussite en sera facile à démontrer par l’obtention de ce qui était attendu, en tout ou en partie. Le lien de cause à effet peut être établi. Mais comment prouver qu’un événement quelconque nous arrivant est nécessairement lié à l’échec d’un rituel ?

Tout au plus pourrait-on admettre un effet psychologique lié à la frustration de n’avoir pu obtenir ce qui était voulu avec tant d’intensité. Mais il ne s’agit plus de magie.

Il est intéressant également de constater que divers auteurs ont eu au cours du temps, des visions expliquées très différemment de ce phénomène.

Citons par exemple, Eliphas Levi qui dans son ouvrage « Dogme et rituel de haute magie » (1854) élabore déjà une vision mécaniste préfigurant la notion de choc en retour : « Toute action provoque une réaction, et qu’en magnétisant ou influençant magiquement les autres, nous établissons d’eux à nous un courant d’influence contraire, mais analogue, qui peut nous soumettre à eux au lieu de les soumettre à nous ».

Piobb dans son « Formulaire de haute magie » (1907) développe le concept : « Le circuit étant fermé, si l’objectif est manqué, la mission du génie ne rencontre pas l’obstacle qui transformerait la force vive en travail (mécaniquement parlant), donc se continue par le fait du mouvement qui l’entraine. La mission finit ainsi immanquablement par revenir à son point départ ».

Charles Lancelin, dans son « La sorcellerie des campagnes » (1911) nous dit que le choc en retour est connu depuis la plus haute antiquité. Il s’agirait selon lui d’une loi selon laquelle « Tout maléfice hyperphysique rejaillit sur son auteur lorsque la victime désignée n’est pas en état de réceptivité ».

Pour Dion Fortune, dans son ouvrage « Autodéfense psychique » (1930), cette loi s’explique ainsi :  « Quelles que soient les formes pensées que nous expulsons de notre aura, à moins d’être absorbées par l’objet vers lequel elles sont dirigées, elles reviendront à nous au moment voulu ».

Au-delà des interprétations mécanistes, on pourrait également y voir un avertissement à l’égard de ceux se lançant dans des pratiques magiques. Peut-être un relent de considérations religieuses dénonçant l’utilisation de la magie comme une violation de la loi divine méritant tôt ou tard un châtiment à l’encontre de ses pratiquants.

Il existe cependant un cas où la réalité du choc en retour est indéniable. C’est le cas de l’autosuggestion (ou auto-envoûtement). Le fait de redouter ou même simplement envisager la possibilité d’un choc en retour à l’issue d’une pratique serait un élément suffisant pour le provoquer. Mais dans ce cas, le sort lancé ne s’est pas réfléchi sur la cible : Le pratiquant se l’est envoyé inconsciemment sur lui-même !

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