Le paratonnerre magique

Une théorie très répandue à l’heure actuelle, tant par le biais de sites internet que d’ouvrages de magie écrits par des auteurs contemporains, affirme qu’il est possible de « dissoudre » des entités ou du moins de les blesser en se servant de pointes métalliques. Ce qui constituerait une raison supplémentaire de disposer d’armes bien pointues (et aiguisées ?) lors des rituels magiques d’évocation.

L’on mentionne en outre, que la poignée de ces dagues ou épées devra être isolée de la lame par l’usage de matériaux présentant bien des analogies avec les isolants électriques.

Ces croyances apparaissent comme une illustration typique de l’influence des progrès de la science sur les pratiques magiques.

Bien que les épées soient d’un usage immémorial en rituel, leur signification pouvait sembler plutôt symbolique voire, au mieux, de nature à provoquer un effet psychique sur les entités issues d’un autre plan que le nôtre.

La découverte de la nature électrique de la foudre, la mise en évidence de l’effet de pointe en électricité et, par suite, l’installation des premiers paratonnerres fin du XVIIIe S. fit percevoir la nature de certains phénomènes sous un angle nouveau.

En 1859, dans son célèbre « Histoire de la magie », Eliphas Levi nous explique que « Les fantômes de lumière astrale se décomposent par l’action de pointes métalliques qui, en attirant cette lumière vers le réservoir commun, en détruisent les amas coagulés ». On ne manquera d’y voir le principe du paratonnerre avec le retour à la terre de la charge électrique.

En 1893, Papus dans son « Traité élémentaire de magie pratique » nous livre plusieurs anecdotes de ce genre de phénomènes où des sabres et même des balles sont parvenus à blesser des entités. Dans ces histoires, les victimes n’étaient autre que des sorciers en état de décorporation et non des entités en tant que telles. Il spécifie à propos d’une canne à épée dont il a l’usage que « La garde de cette épée sera formée par une longueur de jonc assez grande pour que la main qui l’enserre ne touche que du bois verni et soit, par suite, absolument isolée de la lame métallique ». Il semble être le premier à parler de ce besoin d’un isolant.

A sa suite, Stanislas de Guaita, dans son « La clef de la magie noire » paru en 1897 reprend ces mêmes théories. Il nous écrit ainsi que « Le périsprit en stase de condensation qui rencontre en chemin une pointe métallique est sérieusement menacé : pour peu que sa substance centrale soit entamée, le coagulat se dissout et la mort est certaine ». Il y a à nouveau ici allusion aux personnes en état de décorporation. Mais ailleurs il nous explique que le phénomène s’applique aussi à d’autres formes d’entités, prenant exemple des lémures.

En 1911, dans son « La sorcellerie des campagnes », Charles Lancelin nous relate une histoire étonnante dans laquelle des sorciers en état de décorporation furent à leur tour blessés par des pointes métalliques. L’anecdote se déroule en 1849. Un des participants à cette défense contre des entités malveillantes en eut l’idée car « Il s’accuse d’avoir lu jadis, en un livre de sorcellerie, que les invisibles redoutent les pointes métalliques, clous, épées, couteaux etc » Il serait intéressant de savoir de quel livre il s’agit car il serait antérieur à toutes les sources données ci-dessus. L’on sait que l’usage des clous était déjà connu en tant que protection. Faut-il y voir une extension ?

Par la suite de nombreux auteurs reprirent ces théories, dont Jules Boucher dans son « Manuel de magie pratique » (1941).

Qu’en conclure ? Un certain nombre de témoignages sont cités dans plusieurs de ces ouvrages, tous survenus au XIXe S. Mais depuis, d’autres cas ont-ils étés relatés ?

Certains n’hésitent pas à présenter des analogies entre l’électricité ou le magnétisme et la nature des entités. Tout au moins celles se « coagulant » en un état proche de la matérialité comme ce semble être le cas de personnes sortant de leur corps physique.

Seuls de nouveaux cas permettront sans doute de trancher mais il est difficile de nier que ces croyances ont été fortement marquées par les découvertes scientifiques et une meilleure compréhension des phénomènes naturels.

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